Interviews d'auteurs de BD en ligne
Julie Ja
28 nov. 2007.
Julie Ja est le pygmalion de son auteur, et Auguste est le pygmalion de Julie Ja… Si vous n'êtes pas sûr de comprendre, lisez cette interview qui vous mènera à la rencontre d'une jeune femme un peu secrète, qui a suivi des études d'arts appliqués avant de faire son Droit car nul n'est sensé ignorer la loi.
JiF : Qui es-tu Julie Ja ?
Julie Ja : Je suis une fille qui a entre 20 et trente ans (je n'ai pas envie d'être trop précise sur ce point), et qui malgré toutes ses qualités (hé hé!) a du mal à s'insérer dans la société actuelle. Peut être est-ce lié au regard très critique que je pose sur cette même société, à mes idées bizarres et aux histoires bizarres que je raconte, c'est ce qui doit inquiéter les gens.
Sinon extérieurement je ressemble à une jeune femme comme les autres. Mais j'ai une personnalité assez changeante selon les circonstances. Je peux osciller de la psychorigidité au babacoolisme le plus débridé. Enfin je n'aime pas trop les conflits (sauf conflits sociaux) je préfère les promenades, et je préfère la contemplation au suspense.
Je suis encore dans mes années formatrices. J'ai fait une école d'arts appliqués et maintenant je fais du droit parce que nul n'est censé ignorer la loi.
Mais je fais aussi mes bandes dessinées lorsque j'ai le temps (presque tout le temps en fait), et je ne cherche pas d'éditeur (et c'est réciproque), juste des lecteurs. D'où mon blog. D'où mes projets auto-édités en solo ou de revue comics et fanzines collectifs.
JiF : Que peux-tu nous dire de l'auteur qui se cache derrière ce pseudonyme ?
Julie Ja : C'est mon pygmalion. Je suis un tout petit peu plus connue que lui mais c'est normal, il habite sur une île. Et moi je me suis jeté dans le blog-bd au moment ou c'était top-tendance (enfin j'ai pas beaucoup de visiteurs non plus hein, je n'y dévoile pas mon intimité à longueur de journée, mes délires surréalistes ce n'est pas ce qui fait le plus d'audience). Quant à Pygmalion, il se cache d’une drôle de façon : par exemple il n'a pas du tout envie que vous alliez jeter un oeil sur “son site (site Internet de Julie Ja / Yvang”:http://yvang.com où se trouve la quasi totalité de sa production graphique depuis 6 ans et aussi des mini-sites qui donnent un aperçu de ce que font ses copains. N'y allez pas!
JiF : Faut-il forcément appâter le chaland avec son intimité pour toucher une large audience ?
Julie Ja : Bien sur que non. Ça signifierait que la représentation de l'intimité suffit en tant que procédé pour attirer les foules. S'il s'agit de répondre à une attente des lecteurs, à leur désir, c'est surement un bon moyen pour obtenir son quotat de voyeuristes (ce que nous sommes tous à des degrés divers).
Mais le succès, ce qui fait qu'une œuvre obtient une audience importante, est lié a un ensemble de propriétés qui peuvent très bien se passer d'une quelconque mise en scène de son intimité. Mais je pense d'ailleurs que l'intimité est un sujet inépuisable absolument passionnant, qui peut être présenté également sous des formes non-autobiographiques.
Je suis mal placée pour savoir ce qui permet d'obtenir une large audience mais je pense qu'il existe quelques éléments incontournables (en dehors du fait d'être en phase avec les désirs des “masses”) comme la lisibilité, la clarté, la présentation d'un univers cohérent, la possibilité de s'identifier à un ou plusieurs personnages. Ce sont des règles que je ne respecte pas systématiquement. En ce qui me concerne, je trouve putassier et dérisoire de montrer son cul pour augmenter les statistiques.
JiF : Tu partages ton blog avec Auguste ? Que peux-tu nous dire de lui ?
Julie Ja : Auguste, c'est moi son pygmalion. Je ne peux pas me passer de lui. C'est un peu mon enfant. Sauf que je ne suis pas sa mère. Il réveille la fantaisie qui est en moi, à tel point que parfois c'est lui qui essaye de me rappeller à la raison lorsque je pars en freestyle ! Auguste fait en partie référence au clown du même nom mais je le prend très au sérieux la preuve c'est que j'ai donné une conférence sur les individus qui comme lui ont un nez en forme de spirale : les z'Augustes : strip 1, strip 2.
Mais la différence entre mon caractère et le sien fait que nos trajectoires se séparent presque systématiquement lors de nos aventures: C'est comme si nous explorions chacun un des deux cotés de la même pièce de monnaie. Et on se retrouve toujours à la fin pour faire le point sur notre expérience. Nous sommes liés à jamais comme juillet est lié à août.
JiF : Un Destin Pour Julie et Auguste doit faire 30 à 40 pages, à mi-chemin, que peux-tu nous dire sur ce projet ?
Julie Ja : Je l'ai commencé il y a un an et abandonné puis repris récemment. A l'heure actuelle je ne sais pas si je vais arriver au bout (j'inachève très souvent mes récits, il n'y a qu'à voir sur mon blog). Je peux dire que les quinze premières pages ont été improvisées dans la même journée (excepté la mise en couleur).
C'est une spéculation sur ce qui pourrait nous arriver dans l'avenir à moi et à Auguste, à partir d'une situation et d'un enchainement de conséquences mais sur un mode série B. J’essaye de travailler vite et de ne pas réfléchir trop aux détails, pour changer.
JiF : As-tu d'autres projets dans tes cartons ?
Julie Ja : Oui ! et comme tous mes projets , je ne sais pas s'ils aboutiront. Je prépare une série. Je suis dans la phase théorique : chaque épisode tentera d'illustrer ou d'expérimenter une hypothèse sur l'existence. Et les scénarios seront écrits en collaboration avec une amie. Ce seront des comédies, me mettant en scène avec Auguste et de nouveaux personnages qui peut-être (je le souhaite) viendront se joindre à nous pour que nous finissions par constituer un groupe, une petite famille de marginaux. Je pense publier ça sur Webcomics.fr, et j'en ferai une version comics papier auto-éditée. Il y aura ce coté expérimental que permet la liberté de ne pas être soumis à des attentes d'éditeur du type: garder un style reconnaissable, ne pas déstabiliser le lecteur boucler la boucle, refaire la même chose que ce qui a bien marché. Ce sera plus “écrit” que ce que j'ai pu faire avant.
En ce qui concerne la spécificité du support web, j'ai déjà fait quelques essais sur mon blog mais j'envisage plutôt des expérimentations sur des formats courts: C'est déjà beaucoup de travail lorsqu'on fait une bande dessinée “classique”, alors quand on se lance dans de l'animation ou de l'interactivité, ça peut devenir un chantier insurmontable. Ce sera un autre webcomic… Ça m'intéresse de réaliser une bande dessinée qui ne serait pas adaptable facilement sur papier. Qui mettrait en jeu du son de la voix et du mouvement (l'animation m'a toujours intéressé), une lecture en arborescence ou labyrinthique. J'en ai très envie.

JiF : Tu penses donc que l'édition papier et la parution intégrale sur Internet sont compatibles ?
Julie Ja : Pourquoi pas? Dans le domaine de la musique, la possibilité de télécharger les albums ou les morceaux n'annule pas le désir de posséder le 33 tour vinyl ou le cd dans une belle édition en digipack ou autre. Quant à savoir si la disponibilité simultanée des deux supports (papier et web) n'est pas commercialement suicidaire, il faudrait se renseigner pour savoir si les livres issus de blogs comme ceux de la collection Shampoing se sont vendus correctement. Pour certains titres, c'est le web qui a apporté une certaine notoriété à l'auteur et à son travail. Et on ne saura jamais s'ils se seraient mieux vendus s'ils n'étaient pas passés par ce support.
L'avantage d'Internet, c'est la disponibilité permanente (en principe) et une diversité vertigineuse (y compris de choses médiocres), comparé aux librairies plus sélectives et moins spacieuses qui ne laissent les livres sur leurs rayons que quelques semaines. Un livre mort sous sa forme papier peut alors continuer à bouger sur Internet. Personnellement je viens de l'auto-édition papier, et tant qu'il n'y aura pas un support révolutionnaire de type e-book offrant le même confort et le même plaisir de lire allongé dans son lit ou à la plage (exemple extrême) je continuerai à avoir une préférence pour le papier. Quand au fétichisme du collectionneur, rien de virtuel ne pourra le terrasser. Les nouveaux supports n’annulent pas les anciens.
JiF : Graphiquement, ton travail est une débauche de couleurs et tu aimes mélanger les outils… Comment travailles-tu sur tes planches ?
Julie Ja : J'aime mélanger et aussi changer d'outil, passer du très grand format d'exécution au petit format etc… Une seule chose est permanente (et encore…): c'est que je ne trouve pas satisfaisant un dessin réalisé à la palette/tablette graphique. J'en ai une (Wacom format A5) mais je dessine toujours sur papier et ensuite je scanne. Là, pour le “destin” le dessin est très maladroit, je n'ai pas fait de crayonné, ça faisait longtemps que je n'avais pas utilisé la plume et j'aime cet aspect nerveux et fin. Les planches sont dessinées sur format A4 xerox 100g/m2 elles sont présentées agrandies, ça met en avant tous les défauts mais c'est pas grave, c'est le récit qui compte (bien qu'il soit aussi truffé de défauts). C'est pour cela que j'ai opté pour une mise en page en grille immuable à une ou deux exception près. Pour la couleur je me suis un peu lassée des aplats, et je ne cherche pas le réalisme (volumes ombres etc…), j'applique une texture (assez bariolée je reconnais) en incrustation sur ma colorisation. Ça modifie toutes les couleurs mais ça me permet de rester dans la surprise jusqu'au rendu final .
Même si j'ai l'air de partir dans la direction inverse, mon ambition serait de donner du sens à la couleur, ou plutôt ajouter du sens par l’utilisation des couleurs. Je change souvent de méthode, parce que j’ai envie de profiter des possibilités de l’informatique. Mais si ça perd en fraicheur, je reprends mes vieux crayons de couleur ou mes écolines. Il y a des cycles.
JiF : Comment abordes-tu la nécessité d'afficher une interface autour de tes planches, sans pour autant perturber leur lecture ? Je veux parler de la personnalisation des couleurs de fond par exemple, comment abordes-tu la possibilité de personnaliser l'environnement de la planche ?
Julie Ja : C’est plutôt une question d’identification. Depuis que je fais du web (sites blogs etc…) j’utilise à peu près toujours la même couleur de fond, le #CCCCFF. C’est comme si je me voyageais de plateforme d’hébergement en espaces perso avec toujours la même tente canadienne, toujours de la même couleur. Où que je sois ça crée un signe de reconnaissance, je reconstitue mon chez-moi. C’est assez publicitaire et pavlovien, Je n’ai pas tellement réfléchi plus que ça. Par ailleurs, il est évident que le choix des couleurs a une incidence sur l’état d’esprit dans lequel se fait la lecture. Mais je me méfie de certains effets. L’idéal serait dans un contexte web d’intégrer l’environnement, le graphisme , la navigation, au sein de la planche web. J’ai aussi envie que la planche se défende toute seule, et que chaque lecteur choisisse un peu son éclairage, au sens propre et figuré (quand on voit la différence d’aspect d’une couleur d’un écran à l’autre c’est plus sage à mon avis).

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10 commentaires
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Juste pour dire : le gif animé est excellent!
28 nov. 2007
Je suis fan. De plus en plus fan.
C'est grave, j'ai l'impression d'être une groupie fébrile… mais j'y peux rien ! Plus je lis Julie Ja, ces bandes dessinées ou ce qu'elle dit, plus je suis fada.
28 nov. 2007
très très interessant!
29 nov. 2007
joli jolie
30 nov. 2007
Tony, Oliv, et moi on pues en fait…^^
2 déc. 2007
?! Pas trop compris ta remarque Dward…
2 déc. 2007
Il dit ça parce que personne n'a “lâché de coms” sur son interview. Pareil pour Tony et Oliv…
J'ai bon ?
4 déc. 2007
Yep et j assume complètement..:)
5 déc. 2007
Content d'en savoir un peu plus sur ta vision et ta démarche… :)
5 déc. 2007
mis a par ma remarque (qui ne sert a rien je sais)..
j ai mis un peu temp avant d arriver a lire cette interview…parce qu il ya quand meme du beau pavé niveau texte :)…j ai pas grand chose a dire sinon que je prefere te lire dans ton scenario, la je trouve que tu en dis peu etre un poil trop…pas si secrète que ca je trouve…
6 déc. 2007